Bruxelles : “une petite trentaine d’années pour atteindre la neutralité carbone !”

4/05/2022

Bruxelles n’a pas le choix : pour respecter la règlementation européenne (et la planète !) et arriver à la neutralité carbone en 2050, la capitale doit se fixer des objectifs ambitieux. En cette période de crise énergétique, le discours prend évidemment tout son sens ! Mais en pratique, qu’est-ce que cela signifie pour les propriétaires de biens à Bruxelles ?

En Belgique, la neutralité carbone n’est pas une affaire nationale, mais une préoccupation régionale. Si les gaz à effet de serre n’ont pas de frontière, il en va différemment pour les mesures mises en place pour atteindre la neutralité carbone. Bruxelles, enclavée entre une Flandre et une Wallonie plus aérées, doit se réinventer pour atteindre ses objectifs. En effet, contrairement aux deux autres régions, Bruxelles n’a que trois leviers pour agir : le tertiaire, le logement et le transport. Concernant le logement, Bruxelles a un projet : RENOLUTION, un projet aussi ambitieux que son nom le laisse penser !

Un certificat PEB obligatoire pour tous les logements en 2026

Arriver à la neutralité carbone en 2050 impose évidemment une longue préparation. La région entend donc y aller progressivement, avec quelques dates charnières pour une rénovation aussi efficace que progressive des logements. Première étape : 2026, une année qui marquera pour les propriétaires bruxellois , le début de l’obligation de détention d’un certificat PEB. En effet, à l’heure actuelle, seuls les logements mis en vente ou en location doivent faire l’objet d’une certification.

Un objectif ambitieux !

Une fois armés de ce PEB (dont tant la forme que la méthode de calcul devraient être revus), les propriétaires bruxellois devront entamer les travaux nécessaires à l’isolation de leur bien. Le but ? Arriver sur l’ensemble des logements de la région, à une valeur moyenne de 100kWh/m².an pour la consommation d’énergie primaire.

L’énergie primaire, c’est quoi ?

L’énergie primaire, c’est l’énergie que l’on retrouve directement dans la nature, avant toute transformation. Parler en kWh d’énergie primaire, c’est mesurer de manière équitable toutes les différentes sources d’énergie. Ainsi 1 kWh de gaz équivaut à 1 kWh d’énergie primaire. Pour l’électricité, le facteur est moins favorable : 1 kWh d’électricité équivaut à 2,5 kWh d’énergie primaire.

Des travaux obligatoires

Sur base du PEB, il sera demandé au propriétaire d’effectuer les travaux au plus tard d’ici une petite quinzaine d’années. Ce sont évidemment les passoires énergétiques qui sont visées, celles qui scorent F et G.

Un chantier colossal

Bruxelles, c’est une enveloppe d’environ 600.000 logements, répartis dans 200.000 immeubles. Bon à savoir, ces derniers sont composées en majorité par des 2 façades datant pour près de moitié, d’avant 1945. Et c’est là l’autre épine du dossier : entre la préservation du patrimoine et l’efficacité énergétique du bâtiment, il faudra sans doute jouer les funambules. L’explosion des rénovations à venir devra de plus, engendrer une refonte du système administratif actuel, avec notamment des procédures simplifiées pour les permis d’urbanisme.

De vraies passoires !

En ce moment, on estime qu’environ un bien bruxellois sur deux dispose d’un certificat PEB. Et les chiffres à ce niveau sont, on s’en doute, catastrophiques : 46 % des logements bruxellois sont classés F ou G. A la grosse louche, ce sont environ 100.000 logements qui devront être rénovés.

Les défis

Bien entendu, un tel plan de rénovation de l’habitat entraine quelques questions clés, notamment celle du financement. A ce sujet, le gouvernement bruxellois a pris les devants : les primes ont augmenté et sont désormais valable même pour des logements loués. Quid toutefois de la simplification des procédures administratives, le gouvernement bruxellois n’ayant pas vraiment les moyens d’investir dans du personnel à cet égard : passera-t-on par des permis groupés pour les maisons de rangée fort similaires, voire pour les immeubles ? Comment également atteindre un tel niveau d’isolation avec des immeubles vétustes sans travaux extrêmement lourds et donc, onéreux ?

Le plus gros défi pourrait toutefois bien être d’un tout autre ordre : en effet, réduire l’empreinte énergétique d’un bâtiment ne passe pas seulement par une isolation poussée, cela passe aussi (voire surtout) par un comportement adapté. Chauffer à 25 degrés au cœur de l’hiver une maison parfaitement isolée pourrait au final, ne pas se révéler beaucoup plus vertueux que chauffer une maison classée F par le PEB, à 19 degrés. Outre l’habitat, c’est l’humain et son comportement qu’il faudra remodeler : il en va de notre avenir à tous !