Mila : “Vous aussi, vous trouvez que mon pote est fou ?”

15/07/2021

Nous parlions, autour d’un verre en terrasse, avec mon ami Paul. Je lui racontais mes déboires concernant les travaux de terrassement. Le retard pris, les imprévus qui me coûtaient un bras, les méthodes pas très correctes de l’entrepreneur. Lui, il sortait de deux années de travaux, alors, il comprenait.

Alex Suprun

Il m’a montré sur son gsm les photos prises avant et après. Du beau boulot. Et puis, c’est là que j’ai vu l’énorme bâtiment en contre-bas du jardin. Qu’est-ce que c’était que ce truc ? Certes, c’était joliment construit, mais à quoi pouvait bien lui servir un entrepôt ?

Comme toujours, mon cerveau allait plus vite que la conversation ne le permettait. Alors, pendant qu’il expliquait encore l’immense cave transformée en suite parentale avec douche et tout le tintouin, je me creusais déjà les méninges.

Paul serait-ce un dealer ?

Peut-être avait-il l’intention d’ouvrir une salle de crossfit clandestine ? Ou de faire pousser du cannabis, beaucoup de cannabis, à l’abri des regards ? Peut-être allait-il se lancer dans un trafic d’objets d’art qu’il lui faudrait entreposer le temps des transactions ? Ou organiser en ces murs des orgies crapuleuses et discrètes ?

Pire, un nostalgique !

Il a mis fin à mes élucubrations. « Et là, au fond du jardin, c’est un immense garage pour parquer mes ancêtres. » Je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer Papy, Mamy, Tonton Alfred et Tata Paulette, ligotés et bâillonnés, attendant leur heure sur le béton froid. Les ancêtres de Paul. Bien sûr ! Que n’y avais-je pensé plutôt. Des capots lustrés avec amour, des intérieurs cuirs astiqués plus qu’il ne faut, des moteurs qui ronronnent pour son plus grand plaisir.

Un fada, le Paul !

« Et donc, tu as fait construire un entrepôt pour garer des bagnoles ? ». J’ai bien vu la déception dans ses yeux. J’avoue, à part une collection de schtroumpfs entamée à 5 ans et abandonnée à 6 et une passion pour les pin’s pendant mon adolescence, je n’avais jamais collectionné grand-chose. Alors, non, je ne comprenais pas trop. Ou plutôt si, je comprenais que si j’avais été sa femme, j’aurais pété un câble.

Je n’ose imaginer la somme dépensée pour construire ce box à ancêtres. C’est sûr, ça coûte moins cher, de conserver des schtroumpfs et des pin’s. Une boîte à chaussures et hop, on n’en parle plus. Parce que je l’aime beaucoup, Paul, j’ai quand même opiné. Oui, oui, une bonne idée ce garage. Et j’ai eu une pensée émue pour sa sainte épouse.

Finalement, c’est pas si grave ?

Après tout, peut-être qu’elle s’en sortait bien. C’est vrai, quoi ! On a déjà tous vu des émissions télé dans lesquelles les hôtes nous font visiter leur maison entièrement dédiée à leur collection de trains électriques, d’horloges suisses et autres coucous, ou encore à leurs objets à l’effigie de Johnny Halliday. Ça aurait pu être vachement pire, en fait.

Et si un jour, Paul devait se séparer de ses voitures anciennes (on ne sait jamais !), j’aurai quelques idées loufoques à lui souffler à l’oreille sur l’utilité probable de son entrepôt. En fait, de Paul ou moi, le plus timbré, je crois que c’est moi !