Mila : « L’immeuble de mon ex et mon horloge… »

30-04-21

Souvent, je passe devant le grand immeuble dans lequel est parti habiter mon amoureux qui n’est plus mon amoureux.

Ehud Neuhaus

Je sais, je pourrais noter mon ex. Mais c’est affreux, ces deux lettres pour désigner quelqu’un qu’on a aimé et qui a tout représenté pour nous. Deux lettres qui claquent sur la langue comme un fouet. Et oui, je sais, pour guérir, ce n’est pas une super idée de passer là. Mais je le fais quand même. Aller comprendre.

Une horloge à moi là-haut…

Je regarde cet immense building qui abrite je ne sais combien de familles. Des dizaines de cœurs qui battent désormais plus près de son cœur que le mien. Parmi ces innombrables fenêtres, les siennes. Et là, derrière les vitres, son nouveau chez lui. Et un peu de moi… Cette horloge, qui était dans notre salon, et qui continue, ailleurs désormais, à égrener les heures et les minutes avec la même régularité. Comme si rien ne s’était passé. Ces plantes vertes que j’arrosais en chantant. Ce canapé gris dans lequel on s’est blottis. Et toutes ces choses qui faisaient partie de nous.

Oui, vous avez raison

Pas la peine de me le dire. Je suis vraiment un cas. Je le sais bien. Mais ça me chamboule, cet appartement que je ne connais pas et dans lequel j’existe quand même un peu. Dans mon intérieur, j’ai changé tout ce que j’ai pu. Rajouté des trucs par-ci, par là. Mais je me suis quand même acheté exactement la même horloge que lui. Folle, oui.

J’aime l’idée que notre temps soit le même et que l’on regarde peut-être l’heure qu’il est au même moment. Vous savez, comme ces amoureux qui sont trop loin l’un de l’autre et qui décident de regarder la lune tous les soirs à la même heure. Les histoires d’amour sont pleines de choses inexplicables et d’objets remplis d’émotions. C’est comme ça. Et à l’heure où je voudrais remonter le temps, cette horloge est un joli symbole de ce spleen que je traine derrière moi.

Un rythme identique…

Peut-être qu’un jour, on rira de se retrouver là avec la même horloge en deux exemplaires. Dans un autre lieu, un autre espace-temps. Il paraît qu’il y a plein de vies dans une vie. Et vous savez quoi ? Je pense que je lui proposerai alors de les garder toutes les deux. Pour se rappeler que nos deux cœurs, même séparés longtemps, n’auront en fait jamais cessé de battre au rythme des mêmes aiguilles. Un rendez-vous. Peut-être. Un jour.


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