Mila sur son chantier : « Un peu de douceur dans ce monde de brute ! »

18-11-20

Tous les matins, depuis quelques semaines désormais, j’observe les ouvriers s’activer sur mon chantier. J’aime bien dire ça. « Mon chantier ».

Je suis le contremaître qui voit s’ériger ses pyramides. L’entrepreneur qui voit son château sortir de terre. Enfin, je m’emballe un peu. Parce que, la vérité, c’est que je suis très discrète, comme chef de chantier. Je me contente de faire un petit coucou de la main et de servir le café, avant d’observer les troupes depuis ma fenêtre.

C’est comme ça qu’hier, j’ai eu l’occasion de voir un truc rigolo…

Sur la terrasse en cours de rénovation, j’ai repéré trois jolis pinceaux à maquillage. Vous savez, ceux qui offrent la plus forte densité de poils et forment une houppe ronde et douce. Des brosses à poudre, quoi! Qu’on utilise pour mettre du blush et illuminer l’ensemble du visage avec des gestes larges. Que fabriquait ce matériel dans leur caisse à outils ?

J’ai eu la réponse assez vite….

J’ai vu les ouvriers s’agenouiller sur le sol en béton et commencer à nettoyer les jointures de la façade avec les pinceaux. Tout délicatement, ils ont fait glisser ceux-ci entre la chape et le pan de mur rénové. Jamais je n’aurais cru voir pareille petite balayette sur un chantier. Comme un moment de grâce ! Comme un moment suspendu ! Balai pour Lilliputiens et ballet de poils soyeux.

Avouez. Ce genre d’objet, ça évoque la délicatesse et la sophistication aussi. Alors, au milieu des fusils à colle et des seaux pleins de résidus de béton, c’était comique de trouver un accessoire de mise en beauté.

Coup de blues plutôt que coup de blush

Ils évacuaient le plus possible de crasses avec leurs gros pinceaux dont les poils s’écrasaient pour retenir les saletés. Ingénieux. J’ai quand même pensé que ces pauvres pinceaux n’avaient pas eu beaucoup de chance dans la vie. Conçus pour couler des jours heureux dans une jolie trousse à paillettes et pour colorer des joues trop pâles, ils se retrouvaient à bouffer la poussière dans le froid. Comme quoi, même quand on est pinceau, on peut avoir la baraka ou pas. Le destin !

« Je vous ai compris »

Le but ? Nettoyer un maximum avant de mettre un trait de silicone entre la chape et le mur, pour éviter que l’humidité ne remonte du sol et ne grignote la façade. La cheffe de projet que je suis était satisfaite. J’ai même compris une ou deux choses à leurs explications, c’est vous dire! Puis, ça m’a plu que pour une fois, ils ne sortent pas l’artillerie lourde pour travailler. Cette douceur, là, dans le petit matin, ça m’a fait du bien. Comme quoi. Un simple coup de pinceau, des fois, ça peut mener à du bonheur, aussi.


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