Mila : « Mon homme a fait les yeux doux à une pelle… »

Pour la première fois depuis des semaines, j’ai été faire des courses avec l’homme. On est allés dans une grande jardinerie. Fleurs, plantes, pots, outils, déco : un vrai petit paradis. Notre caddie avançait à l’allure d’un escargot. Pas qu’il y ait eu du monde, non…

Mais l’homme s’arrêtait tous les 2 mètres et demi pour admirer quelque chose. Je l’ai ainsi vu faire les yeux doux à une pelle, puis à une griffe de jardinage au manche téléscopique. Accrochée à mon chariot, je l’ai regardé faire semblant de les essayer, avant de les soupeser et de les caresser. « Magnifique ! » Je sais. L’homme rêve d’avoir de beaux outils, du flambant neuf, du solide. Un bel établi où chaque chose est posée à sa place. Ou chaque objet est accroché proprement au mur.

Un bras, un pont, voire un Boeing !

J’ai bien compris aussi sa tentative de persuasion : « Avec cette griffe de jardinage, tu n’aurais plus jamais mal au dos, ma princesse ! » Oui, mais non. Pour couper court, je lui ai demandé de regarder les chiffres en gras notés sur l’étiquette. « Ah oui, quand même ! ». Quand même, oui. Tout ça coûte un bras. Et avec un bras en moins, on jardine moins bien, forcément. On a encore fait 2 mètres et demi de plus. Il s’est arrêté devant un enrouleur de tuyau d’eau automatique. « Avec ça, tu pourrais arroser tes fleurs si facilement, chérie ! » Là aussi, j’ai eu droit à la démonstration complète et à l’argumentation ad hoc. Là aussi, j’ai dit « étiquette ? ». Un prix à 3 chiffres. Là, ce n’est plus un bras qu’on perd en chemin, c’est les deux d’un coup.

Imperfection, quand tu nous tiens…

Je le connais si bien. Il est exactement comme ça : il fonctionne au coup de cœur et à l’achat compulsif. Si je ne lui donne pas la main pour avancer plus loin, on sort de là avec un souffleur de feuilles, une débroussailleuse thermique et un compte dans le rouge. Ne vous méprenez pas : je suis tout sauf radine. Mais, sincèrement, je ne vois pas l’intérêt d’acheter tout ça. Je n’en ai pas besoin, en fait ! Je suis très heureuse comme ça, avec mon tuyau de jardin qui ne s’enroule autour de rien. Je le range dans un grand panier sous l’évier de la remise, comme un reptile dans le panier du charmeur de serpent. Et quand je le sors, c’est la danse du ventre et de la pluie en même temps.

Mila en version 2.0

Et puis, je travaille avec les mêmes outils depuis 10 ans, et tout va bien. Pour vous dire : mon petit râteau préféré n’a même plus de manche ! Mais quand je referme mes doigts autour des dents d’acier, je me transforme. Je deviens simultanément Wolverine et Edward aux mains d’argent. J’arrache les mauvaises herbes en un tour de griffes et je sculpte mon talus de terre en trois coups de lames. Un vieux bout de ferraille qui fait des miracles !

A bien y réfléchir, l’homme devrait être content : quand j’ai ce qui me convient, je n’ai pas envie d’autre chose ! Et cela vaut pour lui, aussi…


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